Construction de personnages au cinéma

L’article sur les dialogues au cinéma fait un peu suite à celui-là. Je pense que ces deux articles vont de paires. 
Sinon, sans plus tarder, nous allons voir dans cette article comment construire un personnage de cinéma. Encore une fois, ce ne sont que des indications, des astuces et non des formules. Libres à vous de sélectionner ce qui vous semble pertinent ou non. 

Personnage auquel on s’identifie et personnage identifiable :

Afin que votre spectateur puisse entrer en empathie avec votre protagoniste vous devez essayer de lui donner certaines caractéristiques. Même si chacun est différent et que les goûts et les couleurs ne se discutent pas, vous devez essayer de donner à votre personnage principal quelques une des conditions suivantes :

  • La sympathie: il faut qu’on puisse s’identifier au personnage par certains de ses côtés : sympathique, gentil, parfois fragile.
    Par exemple : le personnage du père dans « La vie est belle » de Benigni.
  • L’Admiration: certaines des compétences du protagoniste sont admirables, presque exceptionnelles voir hors du commun. On aimerait lui ressembler.
    Par exemple :  les super héros.

Faiblesses : Votre personnage doit être humain, faire des erreurs, avoir des défauts mais aussi avoir des faiblesses. On entre plus facilement en empathie avec un personnage qui souffre qu’avec quelqu’un à qui tout réussi. Alors mettre en difficulté votre protagoniste peut lui permettre d’attirer l’empathie et l’intérêt du public. Attention cependant de ne pas trop insister sur les coups de bâton au risque de dépeindre un personnage pleurnichard et ennuyant. Ce n’est que mon avis mais je trouve qu’au-delà d’un certain stade, la violence devient redondante, on a compris que le héros souffre, mais le film tente presque comme si c’était son unique intention, de nous faire pleurer.

  • Valeur : Si votre personnage se bat contre un antagoniste qui attaque des valeurs fondamentales que partage le public, il y a de fortes chances qu’on apprécie votre héros.
    Aujourd’hui la plupart des gens sont empathiques envers les esclaves et les victimes de la seconde guerre mondiale.

Evidemment il existe plein d’autres raisons qui nous font ressentir de l’empathie pour un personnage : la détermination, le courage, la gentillesse, le pouvoir, la foi etc. sont autant de caractéristiques appréciables.

Cependant j’aimerais faire la distinction ici avec ce qu’on pourrait appeler le personnage identifiable.
C’est un personnage que l’on comprend, lui et ses motivations, sans pour autant être en accord avec ses principes ou ses valeurs. Que ce soit la plupart des films de Scorcèse dans le monde des mafieux ou beaucoup d’antagonistes, on peut éprouver l’empathie sans la sympathie

Walter white

Walter White est un protagonistes qui n’a pas grand chose de sympathique. Ça ne nous empêche pas d’avoir peur pour lui et de rire à ses blagues.

Être en empathie veut dire qu’on peut se mettre à la place de l’autre.
Définition : « Capacité de s’identifier à autrui dans ce qu’il ressent. »
Cela signifie qu’on comprend sans pour autant cautionner ses actions. Mais même si on est contre ses valeurs morales profondes, on sait pourquoi il fait telle ou telle chose, on s’intéresse à ses actes et on souhaite qu’il réussisse.

Cependant, écrire un personnage principal comme Tony Montana à la morale douteuse est un choix risqué si on ne maitrise pas sa structure. Vous risquez si c’est mal fait de ne susciter ni empathie, ni sympathie, et donc de faire disparaitre l’intérêt de votre spectateur pour l’évolution de votre protagoniste.

De la même manière, faites attention si vous décrivez un héros énigmatique. Parce que trop de mystères est une prise de risque extrême si le spectateur n’arrive pas à s’identifier à lui. Donnez quand même des éléments auxquels le public peut se rattacher.

Caractériser un personnage de film :

La première chose qu’on voit en général c’est l’apparence physique. Et même si la carrure, le visage et le style peut donner des éléments de caractérisation il est conseillé de ne pas trop en mettre sauf si c’est primordial à l’histoire. Laissez au réalisateur la place pour qu’il choisisse ses acteurs, mais, à moins que ce soit important pour la compréhension du scénario, vous n’avez pas besoin de spécifier la couleur des yeux ou des cheveux de votre protagoniste.

Prenez en compte la réalité socio-culturelle d’un personnage ainsi que son histoire.
Connaitre tout ça, même si ce n’est pas spécifié dans le scénario, vous permettra de donner de la profondeur à votre protagoniste.
L’origine, le niveau social, son niveau d’étude, son métier, sa situation familiale, ses relations avec ses amis et ses amants sont autant de choses qui influent sur nos réactions, nos propos et qui façonnent notre identité.

Et l’un des aspects les plus importants : Sa dimension psychologique. Ne faites pas de personnage manichéen (Définition : Qui séparesans nuancele bien et le malQui fait preuve de manichéisme.) qui se met dans une case. Ce sont rarement de bons supports pour votre dramaturgie.
Pour vous aider, essayez de penser aux éléments suivants :
– Qualité, Défaut ;
– Impulsif, Réfléchi, Quels sont ses traits de caractères ?
– Sexualité ?
– Frustration et traumatisme du passé qui l’ont marqué ? « Fantôme » dont il a hérité ?
– Toc, Tic, Micro-geste ;
– Croyances, Savoir, Peur et Plaisir ;
– Besoins, faiblesses, failles.

Si un personnage a une névrose, une psychose ou une perversion, il y a des chances que votre film ne puisse en faire abstraction et donc qu’elles deviennent le centre du scénario. 

Les personnages au service de ses intentions :

Jean Dujardin

Normalement votre scénario se nourrit de vos intentions. Vous avez envie de mener le spectateur d’un point A à un point B mais, pour cela, vous devez choisir le personnage qui servira au mieux votre propos (si vous en avez un).
Tous les personnages du film participeront à « la manipulation de votre spectateur » comme disait Hitchcock. Donc n’hésitez pas à écrire des rôles qui souligne votre « message ».
Exemple concret : Si votre héros est un néo-nazi et que la thématique du film s’axe sur la question du racisme, vous pouvez créer un personnage encore plus extrémiste, l’autre plus modéré, celui qui ne prend pas part au débat, le tolérant, le personnage de la victime etc. Plein de choses différentes sortiront de chacune de ces scènes et permettront de nuancer le propos.
Il faut faire attention à ce que le spectateur n’ait pas l’impression que vous lui faites la morale (même si ici il est clair que tout le monde doit être tolérant !)

Un personnage contradicteur peut aider à nuancer le propos du protagoniste, mais il faut lier les risques et les enjeux de ce personnage à la dramaturgie en évitant qu’il ne soit perçu comme un artifice. 

La richesse et la profondeur de chacun des personnages d’un film participent à son succès.
Cependant attention aux personnages trop complexes, décrits succinctement qui risquent de présenter des incohérences.  Si leurs réactions changent aussi du tout au tout ils risquent de ne pas être crédibles. 

roue des émotions
Roue des émotions de Robert Plutchik.

Utilisez ce cercle pour vous aider a passer d’une émotion à une autre. 

De même un personnage trop simple, trop convenu n’attire pas l’attention. On se désintéresse vite d’un personnage trop parfait.

Afin de gérer cet entre-deux (complexité et simplicité) je vous conseille de vous baser sur les besoins et les faiblesses selon Truby.

A savoir que souvent, les faiblesses d’un personnage sont les conséquences d’expériences vécues avant le temps du movie (backstory).

En tant que scénariste vous devez comprendre et si possible « aimer » chacun de vos personnages afin qu’ils soient tous cohérents. Même le pire des antagonistes, si on comprend les enjeux qu’il traverse et ses objectifs, peut être « aimé ». La profondeur d’un ennemi dépend aussi de son humanité.  

Petite astuce : Contextualiser son personnage pour le mettre en scène :

Afin de révéler la vraie nature et les compétences de vos protagonistes vous pouvez les présenter ou les placer en situation de tensions. Même si le « conflit » est faible et les enjeux minimes, cela aide à présenter la personne.

Les différents enjeux et les différents parcours :

A différents moments du film il faut que vous vous posiez les questions suivantes :

  • Quels sont leurs objectifs ?
  • Quelle sera leur récompense s’ils réussissent ? Et qu’est-ce qu’ils pourraient gagner en plus ?
  • Quelle sera leur perte s’ils échouent ? Et qu’est-ce qu’ils peuvent perdre en plus ?

Si on se base sur la méthode de Truby, ce sont des questions conscientes du protagoniste. Elles font partie de l’ordre du « désir » et non du « besoin ».

Le film comporte souvent deux types d’enjeux.
Le premier pèse sur l’ensemble du scénario, c’est l’enjeux global de l’histoire.
Et le deuxième change à chaque scène, mais il crée une tension localement dans l’histoire.

Le personnage « défend » quelque chose et risque de « perdre » autre chose.
Et ces questions s’appliquent aussi bien au protagoniste qu’à l’antagoniste.

Les enjeux de votre histoire doivent être puissants (en tous cas importants pour le personnage en question) :
« A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! »
Plus le danger est fort alors plus la victoire est délicieuse (à condition que votre personnage ne s’en sorte pas grâce à un deus ex machina de derrière les fagots.)

Ensuite la trajectoire de votre protagoniste peut prendre plusieurs formes :

  • Un parcours initiatique: Le personnage prend conscience de son « besoin » et change pour le mieux.
  • Un parcours régressif: Le personnage n’arrive pas à changer, son « besoin » nuit à son entourage et à lui-même. Le public apprend des erreurs du protagoniste pour qui tout ne va pas pour le mieux.
  • Un parcours multiple: Le personnage passe d’un statut à l’autre, submergé par ses besoins à un moment et sachant les identifier à un autre. Mais ce type de personnage convient plus aux séries comme « Breaking Bad ».

    (Terme de Jean Marie Roth)

Voilà c’est tout pour cet article, n’hésitez pas à le partager à ceux que ça pourrait intéresser et de commenter si vous avez des questions.

A la prochaine pour un autre article et abonnez vous aux comptes photos ou Tips et cinéma 🙂

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