Les dialogues au cinéma, ce qu’il faut savoir !

Dans un précédent article je parlais des films muets et de l’importance de faire passer des informations par l’image. Le cinéma est un art visuel (contrairement au roman) qu’il faut exploiter à son plein potentiel. Une image vaut mille mots certes, mais parfois, certaines informations ont besoin du dialogue pour être comprises.

On verra dans cet article les écueils à éviter et j’essaierais de vous donner certains conseils pour écrire de « bons » dialogues. 

RISQUE : Ecrire un dialogue trop tôt :

Les dialogues peuvent faire passer votre film de « cool » à « chef d’œuvre » mais également détruire votre long métrage. Un mauvais dialogue donnera souvent un mauvais jeux d’acteur et tuera l’originalité et la force de votre film.
C’est pour ça que je vous conseillais dans un ancien article d’écrire votre séquencier d’abord et seulement à la fin, lorsqu’on ne peut plus faire passer d’infos par l’image, on rajoute les dialogues.

tableau noir

Ecrire les dialogues trop tôt peut poser des problèmes de cohérence ou de rythme (en conservant des dialogues qui ne sont pas pertinents).

La première fois que j’ai écrit un roman, quand j’étais au lycée, je suis parti un peu tête baissée. J’avais une trame dans la tête, des personnages assez définis et une conclusion mais tout ça était finalement très flou. Après avoir écrit 200 pages, j’ai recommencé le roman à zéro ! Parce que les dialogues et leurs cohérences étaient affligeants ! Je n’avais pas assez travaillé la psychologie de mon personnage, ses expressions, son rythme de paroles, sa sensibilité, son intonation, comment il réagit à tel propos etc.
Au final tous les personnages parlaient « de la même voix ». Les dialogues ne laissent transparaitre aucune identité, aucune spécificité, ils parlaient avec les mêmes intonations et mêmes expressions comme si c’était seulement moi qui parlais derrière mon personnage.
Et selon le mood dans lequel j’étais, les dialogues pouvaient changer. Donc parfois un personnage aux allures « timides » au début du roman pouvait se révéler « provocateur » au milieu sans pour autant que ce soit justifié.
De plus les dialogues étaient banals, répétitifs, vides et emplis de philosophie de bas étage…

Bref, faites attentions aux dialogues ! Un film n’est pas la réalité et pourtant on doit donner l’illusion de la réalité, et pour ça il faut beaucoup de travail. Un dialogue de soirée entre poto, réaliste, peut être très ennuyant au cinéma ! Pour qu’un dialogue sonne vrai mais qu’il ne soit pas monotone il faut savoir gérer le rythme des phrases et le langage correctement.

Moi je résonne souvent en termes de : EMOTION / INFORMATION.
Si une scène de mon court métrage ne sert ni l’émotion ni l’information j’aurais tendance à la supprimer. Après évidemment il y a aussi plein d’autres raisons que ces deux-là pour garder une scène, mais c’est à vous de voir.
J’essaie au maximum de faire avancer l’l’histoire en donnant des informations utiles ou alors avec une scène émotionnelle (Tant que celle-ci est pertinente et fait avancer l’histoire en un sens).


Ecrire un dialogue trop tôt implique que si vous modifiez un personnage vous devrez modifier tous ses dialogues sous peine de créer des incohérences

Avoir un rythme précis :

Un scénario se structure aux petits oignons et un dialogue, c’est pareil ! Avant de se lancer dans ces mini-structures que sont les conversations, vous devez avoir une structure dramaturgique solide.

Si vous écrivez vos dialogues trop tôt vous risquez d’avoir du mal à les supprimer quand il faudra les changer.
Tout comme on s’attache à nos personnages et nos intrigues, quand on nous demande de supprimer une page de dialogues sur laquelle on a passé deux jours, ça fait mal ! Mais si douloureux soit-il il faut parfois le faire pour rendre le film plus dynamique.

Alors qu’il est plus simple de modifier une certaine structure (parce que vous avez déjà les personnages et le synopsis) que de reprendre tous ses dialogues. De plus si vous écrivez les dialogues après avoir écrit votre séquencier, vous serez plus à même de passer d’un dialogue à l’autre si vous manquez d’inspiration, plutôt que de s’acharner trois semaine à finir un dialogue pour passer à la scène suivante.

Hors des scènes qui composait votre dialogue de maitre, la conversation risque d’être fade et injouable. Parce que si on les décrit au début, on s’habitue à nos dialogues et on conserve des choses qu’on n’aurait jamais garder si on s’était concentré à la toute fin dessus.

Le dialogue c’est l’illusion du parler :

Pour l’auteur Louis-Ferdinand Céline, savoir retrouver l’émotion du parler ne consiste pas à retranscrire les dialogues du quotidien.

Auteur Ferdinand Céline

Comme je l’ai dit plus haut, les dialogues de la vie réelle sont mauvais ! Les gens ne parlent pas en prose, et un vrai dialogue est remplis de balbutiement, de redondance et de banalités ! Un film doit donner l’impression que le dialogue est réaliste, mais il n’y a rien de plus irréaliste que le dialogue d’un film 😊

Dans la vie réelle on hésite, on se reprend et on fait des retours en arrière par exemple. Mais si dans un films vos personnages disgressent comme ça, vous risquez d’ennuyer votre spectateur, et rendre la scène incompréhensible. Les acteurs de votre film sauront donner le minima d’hésitation qu’il faut pour rendre le dialogue crédible, sinon, ne les écrivez que si elles ont un réel sens dramaturgique pour votre film.

Un dialogue doit avoir pour objectif de retranscrire les émotions que suscitent une conversation, pas d’être fidèle à 100% à la réalité. Alors toutes les choses inutiles qui ponctuent une réelle conversation doivent être supprimées dans votre film.

Après, à vous de choisir ce que veut dire « inutile » dans votre film. Il se peut qu’un de vos personnages se définisse par le bégaiement et un autre par le fait qu’il fait des disgressions quand il parle. Cependant, peu importe votre personnage, pensez à mettre les dialogues aux services des intentions de votre film.  

Ainsi les évidences et les banalités sont à supprimer si vous n’avez pas un personnage qui se sent mal à l’aise par exemple, et qui comble le vide en disant n’importe quoi. Il y a pleins d’autres exemples où les banalités peuvent être justifiées, mais il faut que ce soit réfléchi en amont ! SI vous dites quelque chose de redondant, il faut que vous en ayez conscience.

Par exemple, le spectateur voit un personnage allongé dans le canapé, dégoulinant de sueur, se tourner et vomir dans un seau. Son colocataire entre dans la pièce et dit : « Olala, qu’est-ce qui y’a ? T’es malade ? »
Le dialogue est redondant ! On l’a vu qu’il était malade, il faut donc passer directement à la suite, au moment où la conversation est intéressante.

Autre astuce : Essayez de créer ne serait-ce qu’une
dose infime de conflit pour créer le besoin du dialogue
.
Dans la première scène de Reservoir Dogs de Tarantino, la puissance des dialogues repose sur une succession de mini-conflits
entre les personnages. 

affiche du film Reservoir Dogs

La crédibilité d’un dialogue :

dialogue dans un groupe

On a tous vu une scène avec des chirurgiens ou des policiers qui expliquent des choses qui devraient relever de l’évidence pour eux. Le dialogue n’est pas vraiment crédible puisque les deux parties ont l’habitude d’utiliser les outils ou de faire ce qu’ils décrivent dans leur boulot de tous les jours. Ils n’ont pas besoin de se l’expliquer entre eux. Seulement le dialogue s’adresse au public pour éviter qu’il ne soit perdu face à des termes techniques incompréhensibles.
Du coup, dans ce genre de cas, la crédibilité du dialogue peut être suspendue un court moment pour éviter que le spectateur ne soit perdu.
Mais faites très attention à la manière dont vous utilisez ces dialogues. Les gens ont l’habitude maintenant de regarder des films et savent que ces discours leur sont destinés. Donc si les choses sont mal amenées ou trop longues, ça peut sortir votre spectateur de votre film.

Cependant, dans une scène où deux chirurgiens se donnent à 100% pour sauver la vie d’un homme, un enchainement de termes techniques peut être utile. Il permettra de spécifier que les deux s’y connaissent vraiment et qu’ils sont doués dans leur travail.

Cela étant, vous avez la possibilité de rajouter à votre histoire un Watson.
En effet, l’acolyte de Sherlock Holmes est aussi là pour poser les questions que se pose le spectateur. Lorsque les dialogues deviennent trop techniques, Watson peut poser une question à Sherlock qui se devra de lui expliquer ce qu’il fait, ainsi le spectateur comprend par l’intermédiaire de l’acolyte.

Autre astuce : essayez de regrouper des informations. Ne séparez pas chaque info par une question. Plutôt que de demander ce que le personnage fait dans la vie, et ensuite ce qui ne va pas, et pourquoi et ainsi de suite, regroupez toutes les infos dans une phrase.
Dites directement qu’en plongeant pour récupérer un trésor dans une épave son frère Jimmy a eu la jambe écrasée.
Ainsi on comprend directement son métier, son désarroi et ce qui s’est passé sans pour autant avoir eu 4 questions qui séparent chaque information.

Savoir donner une voix propre à son personnage :

Chaque personnage peut avoir des termes, des expressions, des structures grammaticales particulières qui en disent beaucoup sur eux.
Dites-vous qu’un boulanger issu de la bourgeoisie qui a aussi un doctorat en lettre ne parlera pas de la même manière qu’un avocat issu de la banlieue.

Ainsi, il est primordial de connaitre le background de chacun de vos personnages. Vous devez écrire leur passé même si vous n’en parlez pas pour pouvoir écrire des dialogues qui leur correspond. Connaitre leur back story permet de développer des discussions riches et cohérentes.

Malheureusement, comme je vous le disais plus haut, on a tendance à faire parler nos personnages de la même façon que nous. Les mots et les phrases viennent plus naturellement mais au final tous les personnages parlent avec la même voix.
Il est donc très compliqué d’écrire avec justesse des dialogues dits par des personnages qui ne sont PAS nous.

Pour cela vous devez jouer sur les différents niveaux de langages et les psychologies de chacun des personnages mais aussi prendre en compte ceux à qui ils s’adressent !
Un notaire ne s’adressera pas de la même façon au président de la république qu’à son jardinier (même s’il peut leur témoigner un respect équivalent).

De plus, en fonction de la situation (reproche ou compliment), le rythme, l’intonation, le langage etc. ne sera pas le même.
Donc pensez aux différentes voix de vos personnages, afin de pouvoir écrire des dialogues cohérents dans n’importe quelle situation.

ATTENTION cependant à ne pas écrire des dialogues trop littéraires ou à copier trop la réalité !
Écrire de l’oral est un exercice compliqué qui ne doit pas être pris à la légère.

« Tu ne me l’avais pas dit » constitue une double négation, mais souvent les gens disent « Tu me l’avais pas dit ». Rien que ce type de phrases peut caractériser un peu mieux votre protagoniste, en montrant qu’il fait attentions aux mots ou pas. Mais tous les personnages de votre histoire ne peuvent pas utiliser les doubles négations qui sont plus littéraires qu’autre chose.

De même, les contractions comme :
« Tu m’l’avais pas dit. » ne sont pas toujours écrites au scénario. Laissez votre comédien interpréter les dialogues de votre film.

Silences et non-dits :

N’oubliez pas que le cinéma est un art de l’image ! Les dialogues ne sont pas toujours utiles alors ne sous-estimez pas le pouvoir des silences.

Des films comme Wall-E nous rappellent que le cinéma muet possède une puissance remarquable en évitant les dialogues inutiles et en faisant passer la plupart des informations par l’image.
En raisonnant d’abord en termes d’image on évite de nombreux dialogues redondants.

Autre astuce : Pensez aux sous-textes qui peuvent aider vos personnages à verbaliser des choses et à écouter des critiques plus facilement que si tout avait été fait de manière frontale. 

Par exemple, dans « La femme du boulanger » les critiques faites au chat s’adressent à sa femme, c’est évident. Mais je vous conseille de regarder l’extrait pour mieux comprendre ce que je veux dire. 

De plus, une variante du sous-texte est le non-dit. En omettant de dire les choses qui tiennent à cœur chacun de vos personnages, vous laissez planer une tension et un suspens sur ce qui est dit.


Par exemple : Un couple vient de perdre leur enfant mais lors d’un repas de famille, un sujet similaire est abordé. Le public sait ce qu’il vient de se passer mais les deux parents disent des banalités pour ne pas aborder le sujet qui fâche. Personne n’ose parler ce qui est omniprésent dans la scène et un climat de tension s’installe.

Voilà c’est tout pour cet article, n’hésitez pas à le partager à ceux que ça pourrait intéresser et de commenter si vous avez des questions.

A la prochaine pour un autre article.

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