La gestion des informations dans une histoire

J’ai fait d’autres articles sur la façon dont on peut révéler des informations au cours d’une histoire. J’ai déjà parlé du paravent chinois et aussi de l’ironie dramatique, mais dans cet article, nous verrons différentes manières de distiller les infos dans votre scénario.

Un scénariste doit choisir quelles informations révéler et dans quel ordre afin de garder un rythme appréciable. C’est pour ça que je vous conseille, avant d’écrire tous les dialogues de votre histoire, de faire un séquencier. C’est-à-dire une liste de toutes les séquences tout en marquant précisément les informations révélées qui permettent de faire avancer l’histoire, cela vous évitera des dialogues inutiles.

À mon sens, une séquence qui ne présente aucune nouvelle information est un risque pour le scénariste. Il peut perdre l’intérêt du spectateur si ces séquences sont nombreuses même si elles peuvent apporter un intérêt artistique. 

(NB : cet article fait référence à mes cours de Fac donnés par Martin Fournier.)

Savoir retenir l’information :

Toutes les informations n’ont pas la même importances.
Certaines sont anecdotiques, d’autres capitales pour le suspens, d’autre encore rejoignent la thématique mais faites attentions à ce que le spectateur n’oublis pas ce qu’il faut au bon moment.

Par exemple, dans Tootsie avec Dustin Hoffman :

affiche de Tootsie

Michael a besoin d’argent pour monter la pièce de théâtre de son coloc. Cet élément est présenté au début du film mais il ne sera utilisé qu’à la fin. Cependant, cette information est répétée différemment au cours du movie pour que le spectateur la garde à l’esprit et ne se dise pas à la fin : « mais ça sort d’où tout ça ?! »

Mais évidemment toutes les informations ne doivent pas être répétées. Sinon le film n’en sera que plus lent. Un peu comme lorsqu’on regarde une série avec des épisodes de 10 minutes comme le visiteur du futur et qu’au début de chaque épisode on a un résumé de ce qui s’est passé avant. Quand on regarde tous à la suite ça fait trainer les choses en longueur.

La répétition d’une information dépendra de son originalité et de son importance dans le scénario.
Si votre héros principal a une hyène en animal de compagnie, y’a peu de chance que le spectateur l’oubli. Par contre, s’il est important que le public se souviennent qu’il met des lentilles plutôt que des lunettes pour la suite de l’histoire, il faudra peut être le rappeler subtilement sans que ce soit redondant pour l’audience.

Répéter une information peut être plus agréable pour le spectateur si :
– l’information est au service de la narration, et que le public ne se rend pas compte qu’on lui transmet l’info.
– l’information prend des formes différentes (passant par le dialogue, l’image ou l’action etc.)

Les valises de Christopher Vogler :

valise

J’en ai déjà parlé dans l’article sur le paravent chinois, mais j’y reviens brièvement ici.
Si chaque infos représente une valise que le spectateur doit porter, il est important de ne pas lui en donner 50 d’un coup. Sinon il risque de poser des valises essentiels à l’histoire au profit d’une autre beaucoup moins importante.
Le spectateur ne pourra pas tout retenir et ne conservera qu’un nombre restreint d’informations (de valises) sans que l’auteur ne puisse choisir et savoir lesquelles seront mises de côté.
De ce fait, il est primordial pour le scénariste de ne pas surcharger d’informations inutiles à la narration et de prendre garde à ce que les infos importantes soient retenues. 

Un cas un peu spécial : L’implant :

Jean-Marie Roth a écrit des livres sur l’écriture des scénarios et parle d’un type particulier d’information. Il appelle « implant » : « élément fourni en amont pour justifier une information en aval »

Par exemple dans l’étranger de Camus, Meursault récupère l’arme de son pote en amont pour justifier qu’il sera armé sur la plage plus tard.

On peut parler parfois d’implant d’intérêt lorsque le spectateur en sait un tout petit plus sur l’histoire que le personnage. Par exemple, lorsque dans la saison 6 de Kaamelott, Arthur range la dague sous l’oreiller dans la villa Aconia, on sait qu’il va l’utiliser plus tard même si le héros ne le sait pas encore à ce moment-là.
Mais si la dague n’avait pas servit par la suite on l’aurait appelé un faux implant. Cependant, essayer tout de même d’utiliser tous les éléments que vous insérez dans votre scénario sous peine de voir le spectateur décrocher.
Par exemple, si un personnage cache une dague sous son oreiller au début du film, et que 30 minutes plus tard, un psychopathe le poursuit pour le tuer. Le héros peut courir jusqu’à sa chambre pour récupérer l’arme mais se débarrasser du psychopathe en cours de route. Cependant, le plan sur la dague au début du film sert au moins à justifier le trajet que fait le héros pour rejoindre sa piaule, de plus, tous ne se passe pas comme prévu, donc le spectateur est surpris

L’ironie dramatique, différentes utilisations :

Tout comme les valises, j’ai déjà fait un court article sur l’ironie dramatique, mais je vais développer ici. Pour ceux qui ne le savent pas, l’ironie dramatique consiste à donner au spectateur une information que le personnage n’a pas.

A cela vous pouvez trouver tellement d’utilisations différentes qui permettra au spectateur de « s’investir » au maximum dans l’histoire. Par exemple :

La Peur :
Assis tranquillement dans son canapé, le protagoniste ne sait pas qu’il a été trahis. L’armée royale est en route pour le cueillir. Le contraste entre le risque à venir et l’insouciance du héros renforce la tension de la scène.

Le chemin à parcourir :
Dans Death Note on sait que Light Yagami est Kira. Ce qui est intéressant c’est de voir comment L (le détective) va réussir à démasquer le tueur.
Cela marche aussi pour un personnage comme Anakin. On sait qu’il va devenir Dark Vador, mais comment ?

Vivre avec plus de force les besoins du protagoniste :
Quand le spectateur comprend avant le héros son véritable besoin. Un homme extrêmement jaloux de sa femme (qui lui est pourtant fidèle jusqu’au bout des ongles) a un besoin qu’on peut cerner directement. Dans le cas évident ou nous somme au courant que sa femme lui est fidèle et que le héros a une jalousie maladive qui risque de détruire son couple.

A savoir que l’ironie dramatique marche aussi si le spectateur et le protagoniste sont au courant mais pas les autres personnages. Molière utilise très souvent ce procédé.

On peut parler d’ironie dramatique diffuse lorsque l’ironie dramatique n’est pas intra-diégétique (dans la diégèse, autrement dit l’histoire) mais est issus de l’anticipation du spectateur. Par exemple, quand vous regardez un film vous savez que le héros ne peut pas vaincre le grand méchant au bout de 20 minutes, donc même si tous les personnages pensent l’avoir vaincu, on sait en tant que spectateur qu’il va revenir bientôt.

Information mystère : lorsque le personnage en sait plus que le spectateur :

Si ça marche, et que le public cherche vraiment à deviner ce qu’on ne lui dit pas, c’est un bon moteur pour impliquer votre spectateur. Sinon il peut vite s’ennuyer et arrêter de chercher à comprendre.
Ce procédé est assez délicat mais peut être très utile.

Le risque, en plus du fait que le spectateur puisse se sentir « délaissé » et qu’il ne cherche pas à comprendre, c’est qu’il trouve la solution avant que l’auteur ne lui révèle. Pire encore, il peut imaginer une solution bien meilleur que celle qu’on lui propose au final.

Il faut donc deux paramètres essentiels pour que ce soit puissant :
– Le mystère doit être de courte durée.
– L’information qu’on révèle doit être à la hauteur de la frustration qu’a eu le spectateur de ne pas savoir. 

Si vous voulez vous inspirer de deux films qui gère le mystère de A à Z :

affiche de memento
affiche de usual suspects

L’ignorance du spectateur sans information :

C’est le cas des enquêtes policières où le spectateur découvre les indices en même temps que l’enquêteur.

Vous pouvez faire jouer un court mystère à la fin du film quand l’enquêteur a trouvé qui est le meurtrier. Il reste mystérieux face à la caméra et ne révélera le nom du tueur qu’à la fin, même si on sait qu’il l’a trouvé avant. Faite attention cependant à ne pas trop faire trainer ce genre de choses si vous ne voulez pas que le spectateur perde de l’intérêt.

La fausse piste :

Ce type d’information peut être un mélange entre l’ironie dramatique diffuse, l’ironie dramatique simple et le mystère. Elle suggère au spectateur des éléments qui l’incitent naturellement à en tirer des conclusions… cependant elles vont s’avérer totalement fausses…

Par exemple : Un personnage est en danger, on voit un bus arriver on pense qu’il va se le prendre dans la poire mais non. Le danger viendra d’ailleurs…

Hitchcock : Surprise, Crainte et Suspense :

On va revoir ici le cas très connu de « the Bomb Under the table ».

SI vous voulez voir Hitchcock en parler :

Des gens discutent et une bombe est enclenchée sous leur table. A partir de ce moment-là, trois cas de figures s’offrent à vous :

– Personne ne sait rien, ni personnage ni spectateur, l’a bombe explose et tous le monde est surpris !
– Le spectateur le sait mais pas le personnage, la bombe va exploser mais il n’y aucune manière de l’empêcher, le public a peur pour le héros.
– Les personnages découvrent la bombe et tentent de s’échapper mais la porte est bloquée. Un suspens s’installe.
– Il n’y a pas de fenêtre et la porte est blindée. C’est un piège. La suspens refait place à la crainte.

Vous pouvez alterner entre la crainte et le suspense mais encore une fois pas trop longtemps. Sinon le spectateur risque de se lasser de ce petit jeu.
Essayer de rajouter des informations au fur et à mesure. Il tente de désamorcer la bombe, mais les outils se cassent. Il trouve un truc pour se protéger mais il est cassé. Et ainsi de suite.

Reprenons le cas de l’homme qui attend chez lui, au calme, ne sachant pas que l’armée va venir le chercher pour le mettre en prison. Si on rajoute en plus de la première ironie dramatique, une seconde ironie avec quelqu’un qui cours pour le prévenir, on a du suspense qui se rajoute à la scène.

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez regarder cette vidéo d’Hitchcock qui parle du suspens et du mystère :

Pour lui le mystère est un processus intellectuel et le suspens un processus émotionnel.

N’hésitiez pas à partager cet article à ceux que ça pourrait intéresser et de commenter si vous avez des questions.

A la prochaine pour un autre article.

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